La Peste Ecarlate, Jack London

La Peste Ecarlate, Jack London
Histoire
:
2073. Suite à une peste dévastatrice, l'Amérique est revenue à l'état sauvage. Les humains aussi. Un vieillard revient sur la façon dont cette maladie, soixante ans plus tôt, a mis fin à toute forme de civilisation. Il raconte alors à ses petits enfants - complètement abrutis et méchants - comment les armes, qui existaient auparavant, seront un jour réinventées, parce que le mal est dans l'essence de l'homme même.

Passage :
Ici, Jack London, à travers le grand père, se penche sur la question des armes. Comme le livre en général, ce passage fait preuve d'un aspect prémonitoire assez étonnant. Plus étrange encore, Jack London a rédigé ce livre juste avant la Première Guerre Mondiale.
Les personnages :
Le vieillard et ses deux petits enfants, Bec De Lièvre et Edwin.

Auteur :
Plus qu'une biographie scolaire (il n'y a qu'à faire un saut sur wikipedia...), j'essairai de chercher quelque chose d'original sur chaque auteur. Concernant Jack London, d'un caractère entier et très critique de la société de son temps, il se déguisera pendant 3 mois en clochard à Londres, ville dans laquelle il s'arrête avant son voyage en Afrique Australe. Choqué par tant de misère, il vivra ainsi parmi les exclus de la ville. Et en fera le récit dans Le peuple d'en bas.

La morale (toujours selon moi) :
Le décalage, qui existe toujours aujourd'hui, entre les plus agés (donc, la sagesse) et la jeune génération (qui apprend à devenir sage). Surtout, l'impossibilié pour les hommes de retenir des leçons de leurs erreurs passées. Le vieillard le dit bien : les hommes s'entretueront encore et toujours, sans aucun recul sur le passé.

Extrait :


" Une autre petite chose que les hommes ne manqueront pas de redécouvrir, c'est ce qu'on appelle la poudre à canon. Elle nous permettait autrefois de tuer à coup sûr et à longue distance. Certains éléments que l'on tire du sol, mélangés dans de bonnes proportions, produiront cette poudre. Quels sont ces éléments, je l'ai oublié, ou bien je ne l'ai jamais su. Et je regrette de ne pas les connaître. [...] On refera de la poudre, rien ne peut l'empêcher, encore et toujours la même vieille histoire recommencera. Les hommes se multipliront, puis ils se battront. La poudre leur permettra de s'entretuer par millions, et c'est seulement de cette manière, par le feu et par le sang, qu'une nouvelle civilisation pourra se développer dans un lointain avenir. Et à quoi cela servira-t-il ? Elle passera comme l'ancienne. Il faudra peut-être cinquante mille ans pour la bâtir, mais elle passera elle aussi. Tout passe. " [...]
Bec De Lièvre se leva d'un bond et jeta un rapide coup d'oeil sur les chèvres qui paissaient et sur le soleil déclinant.
- " Ba, murmura-t-il à Edwin, ce vieux bavard nous rase de plus en plus. Retournons au camp."

# Posté le dimanche 03 août 2008 06:35

Modifié le dimanche 03 août 2008 13:35

Les nourritures terrestres, André Gide

Les nourritures terrestres, André Gide
L'histoire :
C'est plutôt un long poème en prose qu'un roman, où Gide fait l'éloge du désir, de la ferveur et de la sensualité. C'est surtout une magnifique célébration de la vie et de la jeunesse.

L'auteur :
Communiste (jusqu'à un certain temps), homosexuel assumé et anti-colonialiste, Gide ne faisait vraiment rien pour passer inaperçu et docile... Il perd son père à l'âge de onze ans. Du point de vue littéraire, il est tout simplement inclassable. Petite anecdote : peu après sa mort, Mauriac, autre écrivain, recevra ce télégramme : "Il n'y a pas d'enfer. Tu peux te dissiper. Préviens Claudel. Signé André Gide". Un certain humour, donc...

Le passage :
une belle preuve de cet amour qu'il portait à la vie et à la jeunesse.

Personne à qui je recommande ce livre :
Noémie.

Pourquoi ce passage :
Parce qu'il représente quelque chose que je me sens incapable de faire, c'est à dire de tout plaquer. Parce que je ne m'attache pas à beaucoup de monde, mais que quand je le fais, j'y met tout mon coeur et qu'il m'ait donc impossible de quitter ces personnes. Aussi parce que ce passage, et le livre en général, donne le sourire et aussi la peur de vieillir. On le ferme en aimant encore plus la vie.

Extrait :

" A dix-huit ans, quand j'eus fini mes premières études, l'esprit las de travail le coeur inoccupé, languissant de l'être, le corps exaspéré par la contrainte, je partis sur les routes, sans but, usant ma fièvre vagabonde. Je connus tout ce que vous savez : le printemps, l'odeur de la terre, la floraison des herbes dans les champs, les brumes du matin sur la rivière, et la vapeur du soir sur les prairies. Je traversais des villes et ne voulut m'arrêter nulle part. Heureux, pensais-je, qui ne s'attache à rien sur la terre et promène une éternelle ferveur à travers les constantes mobilités. Je haïssais les foyers, les familles, tout lieux où l'homme pense trouver un repos ; et les affections amoureuses, et les fidélités amoureuses, et les attachements aux idées - tout ce qui compromet la justice ; je disais que chaque nouveauté doit nous trouver toujours entier et disponible."

Un film : Into the wild, de Sean Penn.

Et vous, pourriez-vous tout quitter du jour au lendemain ?

# Posté le dimanche 03 août 2008 07:34

Modifié le mardi 05 août 2008 09:17

Les saisons de la nuit, Colum McCann

Les saisons de la nuit, Colum McCann
L'histoire :
On est dans le New York du milieu du XXe siècle, quand la ville est encore en pleine construction. L'un des personnages principaux, Nathan Walker, noir et pauvre, a 19 ans et travaille à la construction du tunnel reliant Brooklyn à Manhattan. C'est l'histoire de sa vie, de sa famille, du racisme qu'il subit.

L'auteur :
Pendant deux ans, il parcourt les Etats Unis en bicyclette. Il tirera de cette expérience son premier roman, Soeurs. Son écriture est toujours celle de la misère, de la pauvreté. A ne pas lire si vous êtes ne serait ce que légèrement déprimé...

Le passage :
Walter est marié à une immigrée irlandaise, Eleanore, une femme décrite par l'auteur comme très belle, un peu mystérieuse. Elle est la seule bonne chose dans la vie de Walter. Le couple, bien sûr, subit le racisme : la famille de sa femme n'accepte pas Walker, et la ville n'accepte pas qu'une blanche soit mariée à un noir. On refuse même à Eleanor d'essayer un chapeau qu'elle s'apprête à acheter, de peur qu'elle ne l'infeste de poux à cause de son mari. Ambiance... Ici, Eleanor vient d'être victime d'un accident. Une voiture l'a renversé. Prévenu par son fils, Walter accourt et près du corps de sa femme, évoque plusieurs souvenirs liés à sa chevelure, qu'il vénérait.

Pourquoi ce passage :
Parce que dans ces moments là, la mort d'un proche, on a tous en tête un souvenir en particulier. Pourquoi celui là ? Pourquoi à ce moment là ? Parfois absurde ou déplacé, le souvenir est bien là. Ici, je trouve le souvenir magnifique et absurde à la fois, poétique et très prosaïque en même temps.

Personne à qui je conseille ce livre :
Un peu tout le monde en général. On ne peut pas, à mon avis, ne pas l'aimer. Un des meilleurs que j'ai jamais lu.

Extrait : (Walker vient d'être prévenu par son fils)

Au coin de la rue, Hoofer McAuliffe caresse toujours sa voiture cabossée et crie à Walter : " C'est pas moi ! Le feu était vert ! Elle est venue se foutre là, devant moi ! Regarde-moi ça !" Et il montre la marque du corps d'Eleanor sur le capot en marmonnant : "La garce est venue se foutre devant moi".
Le silence se fait dans l'assistance quand Walker s'agnouille à terre et prend la tête d'Eleanor dans ses mains. Ah, la caresse de ses cheveux dans les moments heureux, lorsque, penchés ensemble sur une lettre,, elle inclinait la tête vers lui et lui effleurait le visage de ses mèches rousses indociles ! Ou lorsqu'elle tirait le rideau, une fois les enfants endormis, et se glissait à coté de lui dans le grand lit, les cheveux écrasés sur l'oreiller. Ou encore, à bicyclette, quand, assise sur la barre, elle attrapait ses longues nattes et les lui mettait sur le visage comme une moustache [...]. Quand elle se lavait les cheveux, il en restait de longues mèches dans le lavabo et comme lui même commençait à perdre les siens, elle les ramassait pour les lui coller sur le front, en riant aux éclats [...]. Le jour où elle était rentrée à la maison les cheveux courts, il avait brisé le pot de confiture contre un mur. Dix huit mois plus tard, ils avaient repoussé, elle avait retrouvé sa belle chevelure longue [...].
Walker retire sa chemise et la met sous la tête de sa femme, puis il se relève et se dirige lentement vers la Buick. Le visage inondé de larmes, il pilonne le capot avec son poing jusqu'à ce qu'il ne soit plus que creux et bosses.


# Posté le dimanche 03 août 2008 08:54

Modifié le dimanche 03 août 2008 13:31

Les bonbons chinois, Mian Mian

Les bonbons chinois, Mian Mian
L'histoire :
Suite au suicide de sa meilleure amie, Xiao Hong quitte tout;sa famille, son lycée, ses amis. C'est dans une ville du Sud qu'elle rencontre Saining, un guitariste. Ils vont partager ensemble toutes les expériences possibles, cherchant toujours à repousser leurs limites.

L'auteur :
Mian Mian a connut le sex, drogues et rock n' roll à la sauce chinoise, au début des années 80. Chanteuse, écrivain et même tenancière de maison de prostitution, c'est par l'écriture qu'elle arrivera à se sortir de la drogue.

Le passage :
Ayant récemment perdu sa virginité de façon assez violente avec un inconnu (entre viol et amour consenti, le livre reste flou), Xiao va rencontrer Saining et son "visage d'ange". et tombe instantanément amoureuse. Elle passe une nuit chez lui dont on ne sait rien. C'est sa deuxième rencontre avec lui que j'ai choisi ici.

Pourquoi ce passage :
Pour l'originalité de l'érotisme qu'il dégage. L'ambiance, en quelques lignes, que l'écrivain sait créer. Et aussi la fragilité de Xiao, vraiment touchante.

Extrait :

Saining dormait quand je suis arrivée chez lui. Il m'a ouvert en pyjama gris à capuche. Ses lèvres avaient l'air toutes sèches et son expression était froide mais je l'ai trouvé très beau, je croyais que cette beauté avait un rapport avec moi, c'est pour ça que j'ai employé le mot.
J'ai dit : me revoilà, je suis revenue te voir. Il s'est servi un café, peu de monde en buvait alors, c'était très poétique et très branché. Il a dit : fais pas gaffe, je vaux rien pour parler au réveil. J'ai repris : je ne me suis pas bien rendu compte de ce que ça donnait entre nous, au niveau des sensations, ou j'ai oublié, c'est pour ça que je suis venue.
Sans même me regarder, il a fait remarquer que je m'étais coupé les cheveux. Juste un peu. Si, avant ils étaient plus longs que les siens, maintenant c'était presque pareil. J'ai dit que j'avais faim, que j'avais envie de manger. Bon, d'accord je te prépare quelque chose. Je fais très bien la cuisine.
Il m'a fait sauter du riz avec plein de trucs dedans, même des pommes. Il a absolument tenu à me donner la becquée, ses yeux étaient tout près, ses grands cils humides battaient, je me suis sentie devenir moite, j'avais terriblement envie de le toucher mais je n'osais pas. Il savait parfaitement que je le regardais mais lui ne me regardait pas, se contentant de me faire manger de plus en plus lentement, j'avais du mal à respirer, sa main a touché mon sexe, il avait les doigts un peu froids mais c'était sa main, je l'aimais bien, elle avait du sentiment.
J'ai eu peur quand il m'a prise avec la bouche. Je ne savais pas qu'on pouvait faire ça. Il était dans un état d'esprit qui m'était totalement étranger, mes sensations étaient tellement floues, je me suis dit que ça devait donner un tableau inouï, terriblement émouvant, que cet homme vivrait toujours pour cette image. J'entendais toutes ces sécrétions en train de se mêler, j'ai cru qu'il m'aimait. J'ai donné le nom d'amour à cette douce sensation.
J'ai longuement joué un rôle auquel je ne comprenais rien cet après midi là. J'aimais beaucoup qu'il me fasse l'amour comme ça. Pour moi c'était ça, faire l'amour. On a souvent recommencé ensuite, n'importe où et n'importe quand, mon corps devait aimer ses mains, ses lèvres, elles avaient de l'émotion et je n'avais envie de rien d'autre.




Et vous, quelle place accordez-vous au corps, à ses plaisirs ?

# Posté le dimanche 03 août 2008 10:19

Modifié le mardi 05 août 2008 09:12

Rafael, derniers jours de Gregory Macdonald

Rafael, derniers jours de Gregory Macdonald
L'histoire :
Alcoolique, illetré, père de trois enfants, sans travail ni avenir. Il survit près d'une décharge publique, quelque part dans le sud ouest des Etats-Unis. Un inconnu, producteur de SNUFF MOVIES, lui propose d'être l'acteur d'un de ses films contre 30.000 dollars.Donc de donner sa vie contre 30.000 dollars, puisque dans ce genre de films, on met en scene le meurtre réel des gens filmés. Il s'appelle Rafael, et n'a donc plus que trois jours à vivre.

L'auteur :
Plus connu pour ses romans policiers, ce roman aura pourtant beaucoup de succès en France. Aux Etats Unis, il est adapté en film avec comme acteur Johnny depp (Rafael) et Marlon Brando (le producteur). Cependant, la critique américaine est tellement mauvaise que Johnny Depp décide de ne pas diffuser le film aux Etats Unis.

Le point sur les SNUFF MOVIES :
Légende urbaine ou pas ? Films à petits budgets réalisés clandestinement et se vendant à des sommes impressionantes, ils sont censés mettre en scène des meurtres réels, et font part d'une extrême violence (viols, torture). C'est dans les 70's qu'ils sont apparus aux Etats Unis.

Pourquoi ce passage :
Parce que l'histoire est incroyable, et si les snuff movies existent, et bien au secours... Et aussi parce que ce livre est l'un de ceux qui m'ont le plus bouleversée (je n'ai pas choisi le passage le plus dur émotionnellement). Ici, le producteur explique à Rafael ce qu'on pourrait appeler les termes du contrat... Je vous donne la critique de france soir : "ce roman vous cloura sur place et déclenchera dans votre tête un hurlement qui ne s'achevera pas la dernière page tournée". C'est exactement ça.

Les personnages :
"L'oncle" (le producteur) et Rafael.

L'extrait :

- Je veux que tu saches exactement ce qui va se passer.
Rafael suivit l'oncle hors de la lumière du bureau. Tout en marchant, l'oncle lui demanda :
- Tu peux supporter une heure de souffrance, n'est ce pas ?
Derrière lui, Rafael entendit la question mais ne répondit pas, il n'en savait rien.
- Bien sûr que tu peux, dis l'oncle. Un grand garçon comme toi. Tu peux supporter une heure de quoi que ce soit. C'est pas vrai ?
Ils se dirigèrent dans un angle du studio, où les fenêtres étaient recouvertes par de lourdes tentures noires qui pendaient du plafond, vers la chaise carrée en bois, là où trônaient d'étranges objets sur trois pieds rachitiques.
- Dis moi, tu as déja eu mal ? Je veux dire, vraiment mal ?
Il tripotait quelque chose fixé à l'un des trépieds. Du haut du trépied, une lumière extrêmement violente éclaira l'endroit où ils étaient. Rafael ferma les yeux tout d'abord puis se détourna.
- Je parie que tu veux jouer dans un film. On rêve tous d'être dans un film. Tu fais ça et tu sais que le monde entier te regarde. A Singapour, en Argentine, au Maroc. Tu sais où c'est le Maroc, mon gars ?
- Non.
- Comme un taureau dans l'arène, dit l'oncle. La plupart des taureaux finissent à l'abattoir, come les vaches et les boeufs. Le taureau dans l'arène, il souffre pendant une heure, mais au moins, il existe, il montre sa personnalité si il en a une, tu vois ce que je veux dire ? C'est comme ça qu'il faut voir les choses, l'Indien. Imagines que tu es le taureau dans l'arène.




Et vous, jusqu'où pourriez vous aller par amour pour quelqu'un ?

# Posté le dimanche 03 août 2008 11:36

Modifié le mardi 05 août 2008 09:18